En même temps que le premier tome de Ragnafall (cf critique), est sorti ce 9 janvier 2020, Imperium circus, l'autre manga du partenariat Tsume/Kurokawa. Écrit et dessiné par une équipe différente, à savoir Codaleia/Alexandre Desmassias au crayon, et Robin Dall Armellina au scénario, ce premier tome sur le thème du cirque mérite-t-il notre attention ? Ou fait-il preuve de maladresse comme Ragnafall ? Pour le savoir, il ne reste qu'une chose à faire : EN PISTE !
Imaginez un monde où le cirque est composé d'artistes n'ayant pas de talents proprement dit mais plutôt des
capacités spéciales pour ne pas dire magiques. Imaginez également que personne ne soit dans la confidence, mis à part ceux qui en font partie. Ce que les spectateurs ne savent pas non plus, c'est
que ce monde de rêve et d'émerveillement sous chapiteau est en fait violent en plus d'être cruel. C'est dans le secret des Underground circus que les cirques se livrent combats, soit pour prendre
la place de celui installé en ville soit pour mettre en avant les talents d'un autre, ou encore simplement divertir des politiciens. Voila le premier constat du monde dans lequel vivent Léo et
Nathaniel, les deux protagonistes de ce manga. L'histoire commence d'ailleurs avec un Underground Circus d’exhibition, où le cirque de nos deux dresseurs de fauve, celui du Chapelier Nilias,
devra affronter le cirque du Marquis bleu, Malos. Nathaniel ne montre aucun enthousiasme à participer à ce combat, conscient qu'il sera perdu d'avance : le combat ne sert qu'à mettre en avant la
force des artistes du Marquis et ce, de manière régulière. Malgré cette routine de looser, Léo, accompagné de son tigre Yroon, se montre quant à lui bien plus confiant, son entraînement ayant, il
en est sûr, porté ses fruits. Il réussira à leur éviter une énième défaite face au cirque du marquis. Comme le hasard fait bien les choses, le combat se fera donc entre nos héros (tigre inclus
dans le lot bien entendu) et un seul membre du cirque du Marquis, la belle Sofia. Légèrement présomptueux (j'ai dit légèrement ?..), Léo va vite comprendre son erreur lorsque Sofia utilise sa
maîtrise de l'Ostend...
« Mais c'est quoi ça ? » me direz vous ! Pas de panique, j'y viens. L'Ostend est partout dans la nature, que ce soit dans l'eau, l'air ou la terre, bref c'est l'énergie du monde. Et il n'y a que le monde du cirque qui peut le maîtriser. Pour y arriver, il faut pratiquer l'Absorba, pratique permettant d'assimiler l'Ostend et de révéler un art. Il en existerait des milliers, tous répartis dans seulement sept catégories : la strada (maîtrise d'objets inanimés), la scena (representation par le son, bruit ou voix), le burlesco (le mouvement et l'action), la legente (le lien entre humains et choses animés), la mestiere (liés aux métiers du cirque), l'incanto (le mystique) et enfin la stravagente (la plus récente catégories liés aux difformités physiques).
Suite au Golden Tempo - l’Age d’or des cirques - fut mis en place l'Imperium Circus, un recueil de lois servant à contrôler les activités des spectacles, rédigé par la Commission. Celle-ci représente une sorte d'autorité, instigatrice des Underground Circus. Tout individu appartenant au monde du cirque se doit d'en respecter les principes fondamentaux. Il existe quatre règles importantes dans l'Imperium Circus. Seuls les « Privilégiés », à savoir les cinq pourcents de la population ayant connaissance de l'Ostend, peuvent assister aux Underground Circus. Même ceux ne sachant l'utiliser, cas particulier par exemple de Léo et Nathaniel. La deuxième règle est l'interdiction de parler de l'Ostend au public. La troisième interdit son utilisation contre ce dernier, et la quatrième oblige de vaincre un cirque en place dans une ville pour prendre sa place. Voilà pour l'explication rapide.
Revenons donc au combat de Léo, Nathaniel et Yroon, qui, après une petite correction à coup de boules de jonglage de Sofia (appelé Jongla verdas, technique de strada pour ceux que suivent!), tourne en leur faveur, lorsque Léo estomaque l'assemblée en dévoilant sa maîtrise de l'Ostend et sa superbe legente, deux loups de feu et de glace! Surprise dans l'arène ! Mais l'espoir de victoire des membres du cirque de Nilias sera de courte durée : Léo tombe d'épuisement avant même de frapper son adversaire avec son art. Ce sera une défaite de plus pour le groupe certes, mais une petite victoire pour Léo et Nathaniel, qui peuvent enfin rêver de quitter leur cirque, liés de force au chapiteau par des contrats rédigés avec une plume d'Ostend. Et pour ça, ils devront les détruire, bien qu'ils soient précieusement gardés par le Chapelier Nilias, le propriétaire...
S'il y a bien une chose que l'on constate en lisant les premières pages, c'est
l'originalité de l'univers d'Imperium Circus. On accroche tout de suite au ton donné, happé par la curiosité de vouloir en savoir plus, parce que ne nous mentons pas, mais un manga ayant pour
thème le cirque, ça n'a rien d'ultra séduisant. Et pourtant... l'auteur a réussi à rendre ça classe ! Un peu de steampunk, des combats, du surnaturel, le tout mélangé avec la cohérence des règles
auxquelles l'histoire obéit et on obtient un résultat très honnête pour un premier tome. On est en terrain connu pour peu qu'on ait lu Naruto par exemple, avec leurs héros ayant un rêve à
atteindre. bref, du shonen pur. Alors évidemment que les personnages sont stéréotypés au départ, mais on s'y attache facilement, et ça c'est une force indéniable ! Faire aimer ses personnages est
un des points les plus importants dans le manga, on est assuré d'avoir fait la moitié du boulot ! Cela n'empêche pas de remarquer facilement qu'elles sont les références empruntées aux mangas à
succès, pour le design des personnages, l'univers etc... Même le thème de l'Ostend pourrait faire penser à l'alchimie du Fullmetal Edward. Cela permet énormément de possibilités pour la suite de
l'histoire, et c'est plus que malin, c'est réfléchi ! Mêler au cirque, le rendu devient carrément attirant, mais donnez lui une face cachée semblable à une arène de gladiateurs et ça en jette !
Une vision moderne des jeux du cirque romain ! Sans compter certaines idées qui donnent du style, agrémentant le tout, comme cette roue du destin choisissant les critères du combat, preuve
d'ingéniosité de l’auteur.
Difficile d'en dire plus sur le scénario sans vous gâcher la surprise, mais croyez moi vous serez étonnés des événements. Le premier tome possède ses mystères, rebondissements, bien assez pour ouvrir l'histoire et lui donner un réel intérêt! La Commission représente les grands méchants, avec une hiérarchie à tiroir (On voit venir les « mini boss »/second couteaux). Son ombre plane sur chaque combat, inspirant crainte et haine, chose nécessaire pour une bonne histoire. Savoir qu'elle plane au-dessus de nos personnages, les obligeant à se dépasser pour atteindre leur but est presque obligatoire dans un shonen. On devine facilement des liens entre certains personnages, sans jamais trop nous en dévoiler. L'écriture est toujours juste, nous donnant des bribes d'informations, mais juste à peine pour nous tenir en haleine. De quoi garder le lecteur jusqu'à la dernière case.
Si l'on faisait les foufous à le comparer au premier tome de Ragnafall (le faux jumeau), Imperium Circus est bien plus attrayant, ne serait-ce que pour la qualité de la narration, beaucoup plus équilibrée. Ce n'est jamais « too much », le rythme est soutenu et c'est ce qui nous fait regretté d'arriver à la fin. On sent que l'équipe à trouver une identité à leur œuvre, et ce feeling perdure au travers des pages sans jamais s'en écarter.
Net, propre, et sans bavure.
Pour l'aspect graphique, le dessin est joli. Le style des personnages est bien trouvé sans pour autant brillé d'originalité. On a beau les aimer, nos personnages sentent le déjà vu (à prononcer avec un accent anglais pour plus de fun). On oscille entre manga et Disney, comme le tigre Ygroon qui sort tout droit du film animé Aladdin. Le trait est net, les scènes d'action sont lisibles et c'est vraiment un bon point ! Personnellement, j'aime quand les cases détaillent clairement l'action grâce à des angles astucieux, nous permettant d'avoir une bonne lisibilité du mouvement. Tout est bien détaillé, des décors aux costumes, mais l'ensemble manque de relief ou de remplissage. Un peu comme un livre de coloriage vierge qui n'attend qu'une palette de crayons de couleur pour revivre ! C'est dommage, car un simple effort sur les ombrages ou les volumes donnerait bien plus de poids et de caractère au tout. Le dessin fait preuve de trop de timidité, on peut néanmoins espérer une amélioration pour les tomes suivants. Et l'effort n'est pas surhumain, il manque un rien pour que l'ensemble soit vraiment beau ! A vos crayons Madame Codaleia ! (Si vous me lisez, sachez que je le dis avec énormément de respect!).
Le Verdict
Imperium Circus est pour moi une réel réussite, du moins pour un premier tome. L'originalité de l'ensemble fait clairement sa force, et lorsque se tourne la dernière page, on a qu'une envie c'est d'y retourner. Rendre le cirque attirant à travers une histoire rappelant parfois des Final Fantasy ou d'autres shonens, n'était pas chose facile. Et sur ce point c'est gagné. Le scénario est très plaisant, le plaisir est là et c'est tout ce qu'on demande ! L'action fait parfois preuve de violence, l'univers d'Imperium Circus est mature. Attention au dessin, qui peut paraître simpliste, mais appréciable malgré tout. Au final, si on le compare à Ragnafall, il est de bien meilleure qualité, que ce soit sur le rythme ou la profondeur.
Une question se pose alors pour KuroTsume: N'aurait-il pas fallu sortir un seul manga, et se concentrer dessus ? Car dans le fond, le meilleur de Ragnafall (le trait de crayon par exemple) couplé au monde d'Imperium Circus (l'écriture entre autres) aurait été plus époustouflant, non ? Quoiqu'il en soit, si vous deviez n'en prendre qu'un des deux, Imperium Circus est clairement le choix à faire. Et c'est un gars qui attend impatiemment le tome 2 qui vous le dit.
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