Si on connait Tsume, c'est surtout pour ses reproductions en résine de personnages de manga. Et ce que l'on peut dire c'est qu'elles nous font tous rêver ! L'art de Tsume transpire l'amour des dessins japonais mais le transmettre aux autres amoureux de cette façon n'était apparemment pas suffisant, puisque débarquent dans nos librairies deux mangas signés Kuro-Tsume, édition partenaire entre Tsume et Kurokawa. Alors que vaut le manga à la française ? Mérite-t-il sa place sur l'étagère à coté des monstres One piece ou Naruto ? C'est ce que nous allons voir avec le premier tome de Ragnafall de Shizuha (dessin) et Marujirushi (scénario).
C'est en forgeant qu'on devient forgeron !
L'histoire démarre avec le départ en drakkar d'un groupe d'hommes pour la ville de Lynir, sous les ordres de ce qui semble être un dieu sur son imposant trône. En effet, un certain Milani l'appelle « votre divinité »...perspicace je suis, n'est-ce pas ?. S'en suit une double page avec le Stormur (nom du drakkar qui est en fait un skeidhar, apprend-t-on plus loin) en pleine mer au milieu des éclairs avec le titre en grosse lettre, Ragnafall.
Le récit reprend dans la ville de Lynir, où l'on prépare le Sommer Solstice, grande fête ayant lieu une fois l’an dans une bourgade différente. C'est l'occasion pour la ville de devenir capitale, le temps des festivités, et de prouver sa valeur par le biais d'une réalisation du forgeron Tarjei : un bouclier serti d'un « minerald », une pierre aux propriétés magiques. Tout ça pour faire plaisir à Thor et les autres dieux nordiques ! Dans sa tâche, il est accompagné de deux apprentis, Hammer et Adalrik, qui s'entendent aussi bien que Naruto et Sasuke. Et le fait d'avoir tous les deux un faible pour Astrid, la demoiselle ayant pour tâche de tailler le minerald encore dans sa forme brut, n'arrange rien. Elle va d'ailleurs être le point de départ d'une chamaillerie entre nos deux vikings, qui mènera à la destruction du bouclier et de la pierre en cours de réalisation. Astrid s'en trouve dévastée, la taille de la pierre étant pour elle une occasion de se faire admettre à l'Echo, école permettant d'intégrer les Batisseurs. Les deux apprentis forgeron se voient donc ordonnés par Tarjei d'aller en chercher un nouveau. Ils devront sortir de Lynir, récupérer une nouvelle pierre dans la grotte prévue à cet effet et revenir au plus vite, afin de finir le bouclier dans les temps, avant le début de Sommer Solstice. Voila comment démarre l'histoire de ses deux vikings aux coupes de cheveux improbables.
Une narration qui traîne la patte, mais pas que.
Durant les premières pages du manga, on constate assez rapidement que le récit peine à trouver une accroche. Les dialogues sont simplistes et donnent même parfois une impression de ridicule. Un exemple, lorsque qu'Hammer propose une trêve à Adalrik afin de mener à bien leur quête, ce dernier répond une phrase qu'on croirait enfantine, tant elle sonne mal en lecture. Son « ok mais je te ferai payer ce que tu as fait à ma chérie » aurait pu être remplacé par « ok mais ne t'attend pas à ce que je laisse passer ce que tu as fait à ma belle Astrid », un rien qui aurait donné un peu plus de classe au dialogue. Je chipote peut-être un peu mais ayant, en plus, du mal à trouver du charisme aux personnages (j'y reviendrai), certains échanges ou mises en scène manquent un peu d'épaisseur.
L’enchaînement des événements est parfois un peu rapide, comme s'il manquait une contextualisation de départ. Poser des règlesdans un monde imaginaire est très important. Cela permet de donner une certaine cohérence à l'histoire et dans un premier tome, on doit surtout pouvoir établir des bases stables nous donnant un aperçu des possibilités qu'offrira l'histoire par la suite. Fort heureusement, le départ de nos deux vikings ouvre le récit à une écriture plus claire et on accroche finalement au récit la curiosité l'emportant sur l'ennuie. Les premières questions scénaristiques arrivent, nous donnant envie d'en savoir plus. Ainsi la seconde partie se veut plus agréable à lire, les situations étant moins forcées ou clichées.
On sent bien que l'auteur a peiné à démarrer l'histoire, comme s'il avait cherché à plaire aux plus grand nombre en oubliant de donner une identité propre à ses personnages. Même si c'est corrigé par la suite, ce n'est peut-être pas suffisant pour s'accrocher immédiatement à eux. Trop stéréotypés dès le départ ou pas assez charismatiques, il faut patienter avant de leur trouver un aspect « badass ». Si vous avez lu Vinland saga, histoire de vikings, vous comprendrez ce que je veux dire. Même si le contexte et le ton n'est pas le même, on ne peut s'empêcher de comparer les deux mangas. Cela n'empêche pas Ragnafall de susciter notre intérêt une fois le tome fini, titiller par les événements interrompus par la dernière page. Mais est ce que cela suffit ?
Le old school c'est vraiment cool ?
Et le style graphique dans tout ça ? Et bien... il y a à boire et à manger si l'on peut dire. Comme annoncé plus tôt, j'ai eu beaucoup de mal à trouver du charisme aux personnages. Que ce soit le style vestimentaire, les coupes de cheveux, les traits de visage... On pourrait croire que Ken le survivant et les chevaliers du Zodiaque ont sorti une marque de vêtements, uniquement vendu dans Ragnafall. Le manque de sobriété, d'originalité ou de logique entachent les tenues. Que je me fasse comprendre, qui porterait une grosse chaîne en travers du torse ? Plus un bandeau avec un symbole dessus? Ça me rappelle quelque chose... oui ? Qui a dit Naruto ?! Bref ça peut être un style je le conçois mais auquel je n'accroche pas ou alors difficilement. Et je ne parle que des héros ! Les autres personnages, antagonistes par exemple, souffrent du même constat. Cette sensation d'en faire trop apparaît dans chaque design. Le trait global des personnages souffrent de ce que je pourrais appeler le style français. Il donne l'impression que le dessinateur essaye de copier les mangakas japonais plutôt que d'avoir son propre coup de crayon. Mais je le dis, cela n'engage que moi, le ressenti d'un dessin étant très personnel.
Pour ce qui est du monde dans lequel les personnages évoluent, rien à dire. Les décors sont jolis, cohérents, les détails correctes même s'ils sont parfois un peu timides comme les ombrages par exemple. Mais rien de réellement gênant, cela reste très agréable. Idem pour les scènes d'action, le tout est bien réalisé, parfois un peu brouillon, mais rien d'alarmant. Malgré tout, on ne peut pas dire que Shizuha manque d'idées ou d'imagination.
Le Verdict
Ragnafall fait parti de ces mangas qu'on a envie d'aimer. Malgré ses défauts, ses lourdeurs, on arrive à le lire sans mal, et à se demander ce qu’il adviendra de nos héros dans le second tome. L’univers est très attirant (aventure sur fond de mythologie nordique) et ce, même si Adalrik et Hammer ne sont pas des plus charismatiques. Ils nous emportent avec eux dans leurs péripéties. La dernière partie sauve l'ensemble. les moment de bravoure des personnages les rendant bien plus badass que leurs coupes de cheveux ne le laissaient penser.
Finalement, le défaut majeur de Ragnafall est de vouloir trop bien faire. On ne peut pas nier qu'il a été fait avec amour par des passionnés. Est ce que je vous le conseille ? Oui ! Mais empruntez le à un ami pour vous faire un avis moins exigeant, et le lire avec plus de recul. Et c'est français ! Il ne faut pas oublier que réaliser un premier tome, que ce soit d'une bande dessinée ou d'un manga, n'est certainement pas un exercice aisé. Avoir essayé de faire un manga qui plairait à tout le monde n'est sûrement pas la solution. Reste à voir si les auteurs peuvent corriger le tir sur le prochain volume, et au final, je l'espère, me faire aimer Ragnafall. Tout court.
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